Le stagiaire entre déni et reconnaissance de son travail

Chapitre dans Invisibilisations au travail, ouvrage collectif coordonné par Olivier Cléach et Guillaume Tiffon, éd. Octarès, 2017 (p. 323-334).

Présentation de l’ouvrage

Quelle partie de l’activité des travailleurs est aujourd’hui passée sous silence, non reconnue, laissée dans l’ombre ? Quels sont les tâches, les engagements et les droits invisibilisés ? Les attentes non satisfaites ? Et les conséquences, objectives et subjectives, de cette occultation pour les hommes et les femmes concernés ? À l’heure où les dispositifs technico-gestionnaires se multiplient, où l’activité des travailleurs n’a jamais été aussi tracée, encadrée, contrôlée, il apparaît, paradoxalement, que sur un certain nombre d’aspects, les travailleurs se sentent de plus en plus invisibles. Comment expliquer un tel paradoxe ?

À travers des enquêtes réalisées auprès de travailleurs et de travailleuses aux métiers, statuts et secteurs d’activité extrêmement variés, les vingt-neuf contributions réunies dans cet ouvrage offrent un panorama riche et contrasté des transformations contemporaines du travail et des processus d’invisibilisation qu’elles occasionnent. Il s’en dégage trois grandes formes d’occultation : celle des travailleurs/euses situé.e.s à la lisière du monde du travail, pour qui l’accès à l’emploi constitue une fin en soi et relaie au second plan la reconnaissance salariale et symbolique de leurs compétences et de leur charge de travail ; celle des tâches périphériques (réunions, courriels, reporting, etc.) auxquelles les salarié.e.s consacrent de plus en plus de temps au détriment des autres missions qui leur sont confiées ; et enfin, celle des rapports de production, pacifiés par le recours à un tiers, le client, qui participe, sans le savoir, à la fonction managériale en s’arrogeant le pouvoir de décider ce qui doit être fait, avec quels moyens, pour qui et pour quand.