L’intérim ne fait pas baisser le chômage. (Le Parisien, 2006).


En autorisant les agences d’intérim à faire du placement en contrat à durée indéterminée, la loi Borloo de janvier 2005 a entériné une pratique ancienne. Même si c’était illégal, il existait déjà un intérim de pré-embauche par lequel des firmes sélectionnent des salariés en les testant et parfois en les formatant. D’après mon enquête, celui-ci représentait entre 1999 et 2003, un quart à deux tiers des missions et plus de 90% des postes proposés aux cadres étaient de la préembauche. Depuis trente ans, l’intérim élargit ses fonctions sans effet sur le chômage même s’il fournit une alternative provisoire à des chômeurs. Une partie des missions débouche certes sur des CDI et les agences savent placer, mais l’ANPE aussi. Celle-ci a davantage besoin de moyens que de concurrents pour faire mieux. La flexibilité accrue n’a pas davantage fait reculer le chômage. Si l’intérim convient à une minorité des 2 millions de salariés qu’il emploie chaque année, ce statut reste précaire par nature, l’intérim procure du travail et des revenus intermittents. Enfin, ce sous-emploi complique la vie pour boucler son budget, accéder à un logement, à un crédit... Il faut imaginer un nouveau modèle de plein-emploi de qualité associant sécurité des parcours, conditions de travail et rémunérations convenables.

© Le Parisien Économie, février 2006