La précarité et sa légitimation au cœur d’une domination économique et symbolique

L’idée principale que cette communication se propose de développer est le double effet de domination économique et symbolique qu’exerce la précarité durablement installée au sein du système d’emploi dont la logique et le fonctionnement reposent sur l’inévitabilité postulée de cette précarité et de la flexibilité qui la nourrit.

La dimension économique de la domination que nous évoquons renvoie aux modalités de mise en œuvre et de rémunération de la force de travail propres aux différentes situations non durables, intermittentes et insécures qui caractérisent l’emploi précaire. Par domination symbolique, nous entendons les conditions d’imposition des mécanismes sociaux, de la rhétorique économique, des choix politiques et idéologiques qui relient la précarité (« inévitable »), la flexibilité (« indispensable »), la compétitivité (« souhaitable ») et l’intérêt national (« bien compris ») au sein d’un salariat fragmenté où prévaut la recherche de solutions individuelles.

Si la domination économique se heurte à quelques résistances collectives s’appuyant sur des solidarités, l’individualisation très forte des situations objectives qu’entraîne la précarisation de l’emploi et la valorisation idéologique des issues individuelles à trouver cumulée à la faible crédibilité de réponses collectives (notamment syndicales) limitent le dynamisme de ces solidarités et de ces résistances.

Nous avons pu observer cette double domination et ses effets à travers nos études de deux formes d’emploi ou de « quasi-emploi » fonctionnant à la marge du système d’emploi, l’emploi intérimaire (Glaymann, 2005) et les stages d’élèves et d’étudiants de l’enseignement supérieur (Glaymann, 2012).

Nous commençons par analyser la résurgence de la précarité induite par des emplois flexibles prenant la forme de contrats de travail courts, incertains parfois dans leur échéance et toujours dans leurs suites, intermittents, peu rémunérés et parfois de « quasi-contrats » (comme dans le cas des stages pour des jeunes déjà diplômés). Ces emplois porteurs de fragilité sociale et de pauvreté monétaire concrétisent une domination des employeurs (double dans le cas de l’intérim dont les utilisateurs de la force de travail sont distincts des employeurs) au sein d’une relation salariale qui a fortement changé depuis les années 1980.

Nous examinons ensuite comment cette domination au quotidien est articulée avec une domination symbolique liée à l’inévitabilité affirmée de la flexibilisation de l’emploi qui génère et justifie la multiplication des emplois précaires tout en limitant la résistance à leur essor.