Le stagiaire entre déni et reconnaissance de son travail et de ses compétences

Résumé de la communication

La communication qui porte sur la situation de stagiaire que vit un nombre croissant d’élèves et d’étudiants du supérieur dont le cursus inclut un ou plusieurs stages s’appuie sur un travail de recherche entamé en 2006.

Le stage dont nous parlons ici peut être défini comme une insertion dans une situation de travail d’élèves ou d’étudiant(e)s visant à leur permettre de découvrir in situ des réalités professionnelles, de mettre en œuvre des connaissances acquises au cours de leur formation et d’expérimenter leurs compétences en milieu de travail. Cette plongée au sein d’entreprises, de collectivités ou d’associations constitue une participation observante porteuse d’enrichissements potentiels en termes de formation, de socialisation et de professionnalisation.

C’est ce dernier apport espéré qui explique l’inflation des stages dans les universités qui doit largement au contexte dans lequel les difficultés d’insertion professionnelle des jeunes, y compris diplômés, exercent une pression sur les universités d’autant plus forte que les étudiants ont intégré cette norme (il faut des stages dans son CV) et croient largement à l’efficacité des stages pour accéder à l’emploi et que les pouvoirs publics poussent à l’essor de ce dispositif considéré comme un levier essentiel pour remplir la mission d’orientation et d’insertion professionnelle fixée aux établissements d’enseignement supérieur par la loi LRU.

Des dizaines de milliers d’étudiants sont ainsi conduits à travailler chez de futurs employeurs potentiels durant des périodes où l’apprentissage laisse souvent la place à un exercice de démonstration pour faire reconnaître leurs compétences, leur dynamisme, leur bonne volonté et leur employabilité. Cela suppose de remplir des tâches productives à la façon des salariés sans en avoir ni le statut, ni la rémunération . S’il a parfois une valeur économique non négligeable, le travail réalisé par ces stagiaires est rarement reconnu tant par leur « employeur » que par leurs « collègues », il est même souvent caché pour ne pas dévaloriser l’entreprise ou la collectivité auprès de ses partenaires (clients, candidats au recrutement, institutions). Cette invisibilité des stagiaires est d’ailleurs une des raisons (avec la peur de représailles) pour lesquelles les membres du collectif Génération précaire manifestent en public avec des masques.

Nous analysons et illustrons ce paradoxe entre le déni subi et la reconnaissance recherchée que vivent de nombreux stagiaires en montrant les apports possibles et les risques importants que recèle cette situation.