Les potentialités et les risques des stages pour la construction de l’autonomie des étudiant(e)s (Delph’Agora, 2012)

Un nombre croissant de formations inclut des stages au sein de leur cursus en produisant des effets sur les conditions d’étude et de vie des étudiant(e)s, parmi lesquels cet article questionne les impacts contradictoires sur leur autonomie.

Nous souhaitons interroger les liens entre ces stages et l’évolution de l’autonomie des étudiants, c’est-à-dire leur capacité à réfléchir et à agir de façon personnelle dans le contexte de leurs études en cours et dans la perspective de leur devenir d’adulte et de travailleur.

Dans quelle mesure les stages contribuent-ils à accroître ou à limiter l’autonomie des étudiants ? Inversement, l’essor des stages ne reflète-t-il pas une perte d’autonomie des étudiants et des établissements d’enseignement supérieur vis-à-vis du système économique et notamment du système d’emploi ?

On peut se demander plus largement ce que cette évolution de la relation formation-emploi dit de l’autonomie réelle des individus (citoyens/travailleurs/consommateurs) dans la société telle qu’elle fonctionne.

Pour un étudiant, accroître son autonomie consiste à gagner en capacité à analyser sa situation, à construire des projets, à identifier ses ressources et ses manques, à se fixer des objectifs, à prendre des décisions et finalement à se faire une place dans l’espace social comme étudiant, comme jeune citoyen et comme futur actif.

Comme l’écrit Pierre Rosanvallon, « Cette autonomie ne se confond pas avec un "individualisme" compris comme un état de séparation vis-à-vis d’autrui. Elle n’est pas un attribut individuel. Elle ne prend sens qu’en tant que capacité sociale. Être autonome, c’est pouvoir inventer sa vie, exister comme sujet responsable de lui-même. » (Rosanvallon, 2011, p. 39). C’est une façon de lever le paradoxe soulevé par Émile Durkheim demandant comment l’individu peut devenir « plus autonome » tout en dépendant « plus étroitement de la société ».

L’autonomie se construit dans le processus de socialisation, dans le cadre de contraintes sociales, d’instances socialisatrices, d’expériences et d’interactions multiples. Mais, les mécanismes de socialisation ne génèrent pas seulement de l’autonomie, ils fabriquent aussi de la dépendance qui limite voire empêche l’autonomie. Il en va ainsi des stages dont les effets sur l’autonomie et l’autonomisation ne sont pas univoques et montre qu’on est toujours dans un entre-deux autonomie/dépendance.