Le travail en intérim : « flexisécurité » ou « flexiprécarité » ?

Résumé

Né dans les années 1950 pour fournir des emplois temporaires servant au remplacement ou des surcroîts exceptionnels d’activité l’intérim a connu un essor important depuis les 1980 en tant que levier de flexibilisation de l’emploi au point de devenir un instrument d’ajustement conjoncturel pour de nombreuses entreprises utilisatrices.

Avec chaque année près de 600 000 missions d’intérim en équivalents-emplois à temps plein, la France est l’un des plus importants pays pour le TT. En 2005, 585 687 missions (en ETP) concernant environ 2 millions de salariés qui passent plus ou moins longtemps par l’intérim ont été organisées par 6 430 agences d’intérim appartenant à 1 000 entreprises de travail temporaire (ETT) qui ont réalisé un chiffre d’affaires de 19 milliards d’euros.

Si cette forme d’emploi discontinu évoque fortement la précarité, il faut en même temps prendre en considération l’intense partenariat social qui a généré de nombreux accords (qui ont souvent été étendus par arrêtés et/ou repris par les textes légaux).

Pour autant, ces avantages sont toujours aléatoires et provisoires puisqu’ils dépendent du nombre, de la durée et de l’enchaînement des missions qui ne sont jamais garanties et ne peuvent évidemment pas l’être compte tenu de la nature et de la réglementation du travail en intérim.

La précarité synonyme d’instabilité, d’incertitude et d’attente est le lot incontournable de tout intérimaire. Aussi répandu soit-il, ce statut qui reste éloigné de la norme sociale dominante du CDI à temps plein génère toutes sortes de difficultés et de souffrances tant il complique l’intégration aussi bien professionnelle que sociale.

À l’heure où l’instabilité subie génère de forts risques de précarité et de paupérisation, la mobilité associée à une sécurité efficace peut être une chance pour éviter la routine et ouvrir des opportunités aux salariés. Mais, loin de constituer une voie vers une hypothétique « flexisécurité », l’évolution de l’intérim depuis 30 ans montre plutôt tous les dangers de la « flexiprécarité » qu’il implique pour la majorité des salariés qu’il concerne.

© D. Glaymann, Université Paris 12, 2006

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