Le stage est-il un outil pertinent pour permettre aux Universités de favoriser l’insertion professionnelle des étudiants ?

Résumé

Après avoir connu un net essor quantitatif au cours des dernières décennies, les stages intégrés aux cursus de formation universitaire connaissent depuis le milieu des années 2000 un processus d’institutionnalisation.

Cette institutionnalisation passe d’une part par une légitimation tant pédagogique que politique et idéologique qui vient justifier une multiplication de stages largement due au pragmatisme des responsables universitaires placés face aux difficultés récurrentes de primo insertion professionnelle des jeunes diplômés, à la concurrence des autres universités et des différentes écoles (de commerce ou de management) et à l’intensification des liens avec des entreprises. Ce pragmatisme relève sans doute souvent du mimétisme plus que de la réflexion stratégique.

Un second élément important concerne l’évolution de l’encadrement des stages par différents types de réglementation (Charte des stages en avril 2006, Décrets concernant l’exercice des stages en entreprise et leur gratification en août 2008 et en janvier 2008, Loi LRU en août 2007). Si le démarrage de cette édification de règles plus ou moins contraignantes est lié au constat de conditions de stages très dégradées et d’abus de stages se substituant à de l’emploi salarié, il participe ensuite du processus d’institutionnalisation que nous décrivons ici.

Ce constat appuyé sur un travail d’observation et d’enquête mené dans le cadre du Largotec (depuis 2007) conduit à explorer plusieurs questions qui portent sur les transformations de l’Université et de l’enseignement supérieur dont la Loi LRU créant officiellement une nouvelle mission d’insertion professionnelle des étudiants est une composante.

On analysera d’abord les raisons qui conduisent les acteurs universitaires (enseignants et responsables des UFR mais aussi étudiants) à adopter un regard positif sur les stages qui rejoint celui que portent nombre de chefs d’entreprise et/ou DRH d’entreprises et d’administrations pour des raisons différentes. Qu’est-ce que les uns et les autres attendent-ils des stages ? Leurs attentes diverses sont-elles compatibles ?

Au-delà des effets attendus par les un(e)s et par les autres, on présentera les apports et les risques qu’offrent les stages tels que nous avons eu l’occasion de les observer et d’en débattre lors de deux colloques organisés en juin 2010 et dans le cadre du Réseau de chercheurs (le RESTAG) créé dans leur prolongement.

L’approche sociologique que nous adoptons ici resitue le phénomène particulier et relativement récent que constitue l’institutionnalisation des stages dans une dynamique plus ancienne qui a vu d’abord l’insertion professionnelle des jeunes devenir dans le courant des années 1980 « un problème » et qui a ensuite débouché sur l’affectation d’une mission d’insertion professionnelle à l’Université. Entre temps, l’École avait été rendue « responsable » de l’inexpérience des jeunes sortant de ses formations et de l’inadéquation supposée des diplômes aux exigences de la vie professionnelle. C’est dans ce contexte social, économique et idéologique que le stage (pratique très ancienne dans certains métiers et dans certains types de formation) surgit comme « la » solution que le monde de l’entreprise plébiscite et que le monde universitaire va adopter plus ou moins positivement.

On ne peut pourtant pas limiter la compréhension du phénomène à ce regard macrosocial au risque d’adopter un point de vue déterministe et donc parcellaire. La réalité des stages, c’est en même temps la réponse à des problèmes pédagogiques (on apprend aussi « en faisant »), à des besoins sociaux (on devient aussi un adulte apte à occuper son emploi « par l’expérience pratique ») et à des écarts parfois importants entre les enseignements académiques et les réalités quotidiennes. Ces « découvertes » expliquent aussi le succès des stages et conduisent à interroger leurs apports possibles.

Au quotidien, souvent par tâtonnements, des expériences riches et enrichissantes ont été menées par des stagiaires, des tuteurs (ou autres noms des responsables du côté des universités) et des maîtres de stages (du côté des organismes d’accueil). L’observation et l’analyse de plusieurs dizaines d’expériences nous permettent de formuler l’hypothèse selon laquelle le stage ouvre d’importantes potentialités à la condition toutefois d’être organisé, encadré et contrôlé, faute de quoi les risques et les effets pervers ne manquent pas d’émerger.

Cela nous conduira à montrer que le stage n’est certainement pas la panacée aux difficultés de primo-insertion professionnelle des jeunes diplômés. En même temps, il peut probablement constituer un dispositif efficace aux côtés d’autres moyens et sous la réserve d’une gouvernance qui reste très largement à penser et à réussir.

Documents


366.5 ko

Programme du Colloque du RESUP des 27, 28 et 29 janvier 2011